On aimerait parfois l’oublier l’existence de notre abdomen quand il s’exprime un peu trop fort. Comment fonctionne-t-il et comment vivre en paix avec lui ?

Il est le reflet de ce que nous mangeons

Effectivement, sa bonne santé dépend, en grande partie, de notre alimentation. Mal nourri, le ventre fait rapidement des siennes : troubles du transit intestinal, des ballonnements et des douleurs (souvent liés à des problèmes de fermentation dans le colon), mais aussi fatigue, maladie inflammatoire et baisse de l’immunité sont alors au rendez-vous.

Au cœur du système digestif se trouve en effet la fleur intestinale, cette grande inconnue que l’on commence seulement à mieux appréhender. Le microbiote (c’est son nom) est ainsi désormais médicalement considéré comme un organe à part entière (de près de 5 kilos). Il est surtout le lieu de vie d’environ 40 000 milliards de bactéries (avec au moins espèces différentes) qui doivent vivre en équilibre harmonieux pour que le fonctionnement de l’organisme soit optimal.

Flore intestinale la base de votre santé

Mais quand l’alimentation est mal adaptée notamment avec trop de sucre, cette flore se dérègle la santé s’en ressent. La “dysbiose”, le déséquilibre de la flore, qui mène à la “paucibiose”, son appauvrissement, est un thème d’étude désormais majeur pour les travaux sur le surpoids, mais aussi sur l immunité et même certaines maladie psy. En naturopathie, on estime que 90 % des maladies pourraient avoir un lien avec des perturbations du microbiote, les unes causant les autres ou inversement.

Les effets de telles perturbations sur les comportements ont été mis en évidence, pour l’instant, par des études sur des modèles animaux. Ainsi des chercheurs ont fait naître des rats par césarienne, dans des conditions stériles, pour qu’ils aient le moins de contacts possible avec des micro-organismes présents chez leur mère ou dans l’environnement. Ces rongeurs développent rapidement des troubles comportementaux évoquant des maladies psychiatriques : le repli sur soi, une perte de poids, des troubles du sommeil, de l’anxiété, la perte de l’hygiène voire des automutilations.

Or ces troubles s’avèrent réversibles si on administre à ces mêmes rats des probiotiques (des bactéries bonnes pour leur santé) au cours des six premières semaines de leur vie. Au-delà, les troubles deviennent irréversibles, suggérant que le microbiote joue un rôle crucial dans la période de développement du système nerveux central.

La fleur intestinale est aussi unique que les empreintes digitales. Chacun la sienne ! Elle se fabrique dès la naissance et pendant les trois premières années de la vie.

Il est notre deuxième cerveau

La vision simpliste qui a influencé des générations de médecins et de chirurgiens est dépassée : l’intestin est bien plus délicat et puissant que la médecine ne l’avait imaginé. C’est un petit cerveau! De fait, il possède un système nerveux qui lui est propre. Ce “petit” cerveau communique en permanence avec le “grand” qui est dans notre tête grâce à une autoroute à plusieurs voies “ (voir l’infographie ci-dessous). Tant et si bien qu’émerge une nouvelle et très prometteuse piste thérapeutique : soigner le microbiote pour soulager le cerveau.

Ventre et cerveau sont intimement connectés : grand lieu de somatisation, l’abdomen est fortement affecté par nos émotions, et on sait quand anxiété, stress ou difficultés intimes peuvent déclencher des spasmes, douleur et troubles du transite. Selon l’état psychologique émotionnel, certains aliments passeront plus ou moins bien. Alain verse, on sait désormais que la fleur intestinale régule le système nerveux : les informations circulent donc dans les deux sens ! En effet, il est aussi prouvé que l’abdomen (plus précisément son contenu : la flore) influent directement et fortement sur le cerveau, tout particulièrement sur l’humeur, Le moral et les émotions. D’après les recherches récentes, il serait même impliqué au premier plan dans l’anxiété, la dépression ou la bipolarité, et même dans certaines maladies lourdes comme l’autisme, les schizophrénie, ou Alzheimer. Là encore, la flore joue un rôle essentiel.

En outre ce second cerveau abrite environ 200 millions de neurones (des cellules nerveuses), capable notamment de sécréter de la sérotonine et du Gaba, deux substances impliquées dans l’humeur… L’inflammation locale (provoquée là encore par l’alimentation et les excès de sucre), une sorte d’incendie interne, saccage alors les précieux sécrétions neuronale… Et fusille notre joie de vivre.